Zineb Benjelloun en résidence artistique à Lillers pour que les habitants se questionnent

Zineb Benjelloun a été officiellement accueillie mardi soir à la médiathèque de Lillers.- Photo © PVC / Votre Info

Quand on est marocaine, jeune, pas mariée, sans enfant, habitant le Maroc et parlant (très) bien le Français, l’on galère pour obtenir un visa à destination de la France. C’est ce qu’a vécu Zineb Benjelloun en résidence à Lillers depuis quelques jours. Et il y a une raison à cela : la France a peur qu’elle en profite pour rester dans notre pays clandestinement…

Alors que nous, Français, allons facilement nous dorer au soleil de Marrakech (et d’ailleurs), la réciprocité n’est donc pas évidente. Il faut le savoir. Fort heureusement, cet obstacle franchi l’accueil est formidable. Zineb le constate alors qu’elle s’apprête à débuter un travail artistique, à l’invitation de la Comédie de Béthune et de la ville de Lillers.

DESSIN ET CINÉMA
Née à Rabat où elle passe toute sa jeunesse, Zineb Benjelloun habite aujourd’hui à Casablanca où elle essaie de vivre de ses dessins. Fille d’un couple de fonctionnaires, cadette d’une famille de trois enfants, elle manifeste très tôt un goût pour le dessin. Comme toutes les petites filles, elle croque d’abord des princesses : « on n’échappe pas aux clichés » dit-elle. Scolarisée au lycée français par commodité (c’était tout près de chez elle), elle y obtient son baccalauréat et entame ensuite des études en arts plastiques, en France, à l’université de Paris. Très vite, elle comprend que cela n’est pas pour elle : « c’était la course au truc le plus bizarre ». Elle se réoriente dans les études de cinéma qui lui permettent d’obtenir un master 2 avec l’idée de tourner des documentaires.
Rentrée au Maroc, elle décroche un poste à la télévision et tourne un premier court métrage à l’occasion du festival de Marrakech. Le sujet était très social puisqu’il s’agissait d’aller sur le terrain pour rencontrer des gens opérés de la cataracte. L’expérience n’est pas concluante, du moins sur le plan intellectuel… « J’avais l’utopie de changer quelques trucs, mais j’étais trop jeune… ». Peut-être aussi trop indépendante, aux yeux de certains… Et de reprendre le dessin où il n’y a pas besoin d’équipe pour travailler.

LES FICELLES DE LA FAMILLE
L’avenir dira si elle a fait le bon choix. En tout cas Zineb Benjelloun a l’immense mérite de vouloir faire bouger les choses. « Ma première cible c’est les Marocains », dit l’artiste qui a constaté, durant ses études et sa jeune carrière, combien il est difficile d’accéder à une culture autre que celle délivrée par la télé. « On ne se voit pas ; il nous faut prendre conscience de ce que nous sommes et de ce que nous faisons. Ce n’est pas une question de fierté ou d’identité, des mots que je n’aime pas, c’est plus simplement l’envie de proposer autre chose, une autre lecture ». La question que chacun doit se poser est : « comment je me remets dans un contexte global ? ». Pour amener chacune et chacun à se poser cette question, elle utilise les « petites ficelles de la famille ». C’est vrai au Maroc, c’est vrai partout. Et c’est bien le sens du travail qu’elle entame à Lillers. Rencontrer les gens, des plus jeunes aux plus âgés, et les amener à s’interroger sur leur propre histoire, leur environnement, leur ville, leur travail avec l’idée qu’ils puissent trouver là matière à un roman graphique dont l’écriture personnelle ne sera pas biaisée par les enjeux de pouvoir.

ROULEAU COMPRESSEUR FRANCOPHONE
Zineb Benjelloun a maintenant un peu moins de deux semaines pour conduire ce travail collectif qui donnera lieu à une exposition organisée juste avant son départ pour le Maroc. Car elle retournera bien au Maroc avec la ferme volonté de faire en sorte que son pays soit complètement acteur de sa propre politique culturelle ; qu’il résiste au rouleau compresseur francophone de l’Institut français qui a le monopole. Elle a l’envie de travailler pour que les Marocains s’affranchissent des programmes télévisés produits à l’étranger (en Égypte notamment)… Qu’ils puissent aller facilement au cinéma voir des films écrits et réalisés par des Marocains. Entre autres choses bien sûr. Et pour cela elle y mettra toute son énergie de dessinatrice indépendante, dont le rayonnement doit éclairer les deux rives de la Méditerranée. Histoire de partager plus facilement les bonnes choses.- Ph. VINCENT-CHAISSAC / Votre Info

Pour rencontrer Zineb Benjelloun et travailler avec elle, rendez-vous à la médiathèque de Lillers : vendredi 1er mars de 14h à 16h et/ou mercredi 6 mars de 14h à 16h pour un atelier parents-enfants.
La résidence se terminera le vendredi 8 mars à 18h, toujours à la médiathèque, par une fête et une exposition de tout ce qui aura été produit durant les deux semaines.
Inscriptions et renseignements : médiathèque Louis-Aragon, 32 place Roger-Salengro à Lillers. Tél. 03 21 61 11 22

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